BELLE HISTOIRE

Otto : un cobaye légendaire avec la fureur de vivre

Toutes les belles histoires commencent par « il était une fois ». Il était une fois un cochon d’Inde orange et blanc, âgé de 8 mois environ. Il vivait depuis plusieurs semaines dans une animalerie, dans une cage à l’écart. Nous sommes en été 2005 et je viens d’arriver dans mon nouveau pays d’adoption, le Danemark. Connaissant mon amour inconditionnel pour les cobayes, mon conjoint accepte de m’en offrir un pour mon anniversaire. Vivant dans une région où il n’existe pas de refuge et n’étant pas véhiculés, nous nous orientons vers l’animalerie locale, qui ne vend que des animaux venant de particuliers (portées non désirées, déménagements, allergies…). C’est là que je vois ce cochon d’Inde terrifié, caché sous le foin… La vendeuse me raconte qu’il a été abandonné par des personnes qui n’en voulaient plus, puis acheté plusieurs fois par des familles qui ont fini par le ramener parce que les enfants étaient « déçus » par son comportement « peu amical »… C’est ainsi que ce petit rongeur entre dans notre vie, et que, nous ne le savions pas encore, il allait la changer à tout jamais.

Comme nous sommes le 8 août (le 8ème jour du 8ème mois de l’année) nous décidons de l’appeler Otto (« 8 » en italien). Otto, presque adulte, est terrifié par les humains et par le moindre bruit ou mouvement autour de lui. Les premiers jours avec lui sont extrêmement stressants : nous n’osons même plus entrer dans la pièce où se trouve sa cage tant il panique… Dès qu’il nous voit arriver, il se jette contre les parois de sa cage, puis court dans tous les sens sous sa litière… Au bout de quelques jours, Otto s’habitue à notre présence. Mon conjoint Niels, qui au départ n’était pas très enthousiaste à l’idée d’accueillir un animal, ne résiste pas au charme ravageur et à la gueule d’amour d’Otto. Malheureusement, notre petit compagnon reste encore très difficile à attraper, et il n’est pas rassuré lors des contacts avec nous.

Rituel sous la couette

Au bout de trois mois, alors que Niels est en train de faire la grasse matinée, allongé sur le dos, je lui place Otto sur le ventre, sous la couette. Je me dis qu’avec un peu de chance, de la patience, et un endroit bien douillet et à l’abri, Otto se sentira peut-être en sécurité. Et la un petit miracle se produit : notre Otto, si craintif, se détend et ferme les yeux ! Une grande histoire d’amour vient de naître entre les deux mâles de ma maisonnée… Dès lors, les « matins-câlins » au lit avec Otto deviennent un rituel, une « tradition ». Notre cochon d’Inde les apprécie tellement que quelques semaines plus tard, ses craintes envers les humains ne sont plus qu’un mauvais souvenir.

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Six mois après son adoption, notre relation avec ce petit rongeur d’1 kg devient très fusionnelle. Otto ne cesse de nous montrer qu’il a besoin de nous, en communiquant en permanence et en réclamant des câlins. Nous découvrons une petite boule de poils qui a une personnalité tellement extraordinaire et « encombrante » qu’on pourrait croire qu’il s’agit d’un gros toutou qu’on connaît depuis 15 ans. Notre petite famille de cochons d’Inde s’agrandit petit à petit, et la passion devenant dévorante, je décide de la partager en fondant la communauté Passion Cobaye en 2006. Otto devient la mascotte du site, et également du forum, créé un an plus tard. Désormais, toute ma vie s’articule autour de mon amour pour Otto, pour ses compagnons, et pour les cochons d’Inde en général.

En 2008, alors qu’Otto est âgé d’environ 3 ans, ses petits problèmes de santé chroniques s’agravent. Une hypertrophie testiculaire le gène beaucoup et provoque des infections. Otto fini par être castré, et pour son plus grand bonheur entame une vie de couple avec sa femelle, Aïko. Quelques mois plus tard, Otto est emmené d’urgence chez le vétérinaire, qui l’opère in extremis d’une perforation du rectum, qui aurait pu être fatale si nous avions réagi quelques heures plus tard. C’est la première fois d’une longue série de « sauvetages »…

Tout au long de sa vie, Otto cumule les petits soucis de santé au niveau du bas-ventre : infections urinaires et digestives, problèmes au pénis et à la poche péri-anale… Le vétérinaire accepte spontanément de se déplacer à son cabinet à n’importe quel moment dès qu’Otto en a besoin, et finit par ne plus nous faire payer les dizaines de consultations annuelles. Les soins que nous apportons quotidiennement à Otto renforcent encore plus nos liens.

L’opération de la dernière chance

Alors qu’Otto atteint l’âge de 4 ans, en début 2009, il développe de terribles problèmes urinaires. La radiographie révèle un gros calcul urinaire d’un demi-centimètre. Il est opéré en urgence dans une clinique loin de chez nous. Mais il récidive deux mois plus tard avec un calcul de la même taille. Deuxième opération. En juin, son état devient critique : Otto a du sang dans les urines et ne s’alimente plus. Une nouvelle radiographie montre de nouveau un calcul de 5 mm. Le vétérinaire qui a déjà opéré deux fois Otto nous dit qu’il est condamné. J’envisage l’euthanasie, pour ne plus le laisser souffrir, d’autant plus qu’Otto a cessé de s’alimenter. Pour moi, le combat est perdu. Mais mon mari, et surtout notre vétérinaire habituel, s’y opposent. Ils savent qu’Otto est un battant, et sont persuadés qu’une opération de la dernière chance peut le sauver. Nous nous orientons donc vers une troisième clinique, où nous passons près de deux heures à essayer de convaincre le praticien. Il finit par accepter, et opère Otto. C’est sa troisième intervention chirurgicale en moins de 5 mois. Je m’en veux terriblement de lui faire subir tout cela…

Et là, un nouveau miracle se produit. Une fois de plus, Otto s’en sort. Son état de santé dépasse même nos espérances, puisqu’il n’aura plus jamais de soucis urinaires. Cette ultime opération lui apporte deux ans et demi d’une nouvelle vie, probablement ses années les plus heureuses, qu’il passe aux côtés de sa compagne Aïko, et de ses « copines de sortie dans le parc », Cashemire, Frida, Koala et Pumpkin. C’est là que nous réalisons à quel point l’amour, les contacts permanents et une vie stimulante peuvent donner plein de raisons à un animal de s’accrocher à la vie.

Au début de l’année 2011, Otto, qui a plus de 6 ans, commence à montrer des signes de détresse respiratoire. Le vétérinaire diagnostique une fibrose pulmonaire. Il est malheureusement déjà trop tard pour inverser le processus, la fibrose étant probablement installée depuis quelques temps, sans aucun symptôme apparent. Nous savons qu’Otto ne restera plus très longtemps avec nous, et les traitements de confort ne l’aident que ponctuellement. Au printemps, il est visiblement de plus en plus fatigué, mais toujours avec cette même fureur de vivre qui le caractérise. Dans la nuit du 14 mars 2011, Otto rejoint les anges dans nos bras, il rend son dernier souffle entouré de tout notre amour. Et laisse un énorme vide. Une nouvelle vie à réinventer sans lui. Nous sommes dévastés, mais malgré tout sans regrets, mesurant la chance que nous avons eu de pouvoir rester ensemble deux ans et demi de plus.

L’espoir et la passion en héritage

Ce que le court passage d’Otto sur Terre nous aura appris, c’est qu’il ne faut pas baisser les bras. Il ne vaut pas s’avouer vaincu devant les obstacles ou la maladie. Nous avons mis 6 mois à apprivoiser un animal terrorisé dont personne ne voulait. Nous avons dépensé plusieurs milliers d’euros pour sauver à maintes reprises et opérer 7 fois ce petit rongeur « d’occasion » bradé à 8 euros… Mais nous ne l’avons jamais regretté. Nous n’avons jamais pu capituler devant une telle fureur de vivre.

Otto était un véritable rayon de soleil qui illuminait chacune de nos journées, en nous faisant rire, en nous redonnant le sourire quand nous étions au plus bas, et surtout en nous faisant croire au mot espoir. Otto a changé notre vie. Qui aurait pu croire qu’un petit rongeur d’un peu plus d’1 kg aurait pu donner tant de bonheur ? Otto avait besoin de nous, mais nous avions aussi besoin de lui. Il faisait partie intégrante de notre vie, qu’il rythmait du matin jusqu’au soir, dès le réveil quand il rêvait nez-à-nez avec mon mari, jusqu’au coucher, où il s’endormait dans mes bras. Nous avons traversé près de 6 années avec ce petit être au caractère hors du commun, pour le meilleur et pour le pire, des années d’épreuves mais aussi de joie et de complicité.

Deux ans après son décès, il continue de vivre dans nos mémoires, dans nos cœurs, et aussi à travers ses fils Obi et Aguti, et ses petits-fils, Oswald, Sigfrid et Nemo. Aujourd’hui, ce sont Gina et Giselle, adoptées dans un refuge, qui ont suivi sa trace : ces deux petites femelles qui survivaient abandonnées dans une ferme sans aucun contact sont devenues nos « cobayettes » les plus câlines.

C’est grâce à Otto que mon site et mon forum Passion Cobaye existent. Ce qu’Otto nous a transmis, et ce que j’essaie de partager, c’est que les cochons d’Inde sont bien plus que de simples rongeurs à laisser en cage et à venir nourrir de temps en temps. Ce sont des compagnons avec qui, si on s’en donne la peine, on peut nouer une véritable relation, parfois fusionnelle, toujours inoubliable. En amour, ca n’est pas la taille du cœur qui compte…

Par Marie-Sophie Germain 
Article publié en août 2013 Pour le Magazine 30 Millions d’Amis

Pour en savoir plus : www.passioncobaye.com