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Qu’est ce qu’un animal miniature ?

Lapin, hamster, cochon, poule… Beaucoup de nos NAC sont des animaux de petite taille. Mais viennent-ils de races qui ont été miniaturisées ? Sont-ils nains ? Ou simplement petits naturellement ? Comment et pourquoi sont-ils devenus plus petits ? NAC Magazine fait le point sur les différents processus de sélection (naturelle, artificielle, involontaire…) qui entraînent une réduction de la taille chez les animaux, et explique pourquoi ils nous font craquer.

Qu’est ce qu’un véritable animal miniature ?

Quand on parle d’animaux miniatures, on utilise souvent le terme « animaux nains » abusivement. Un animal nain est un animal atteint de nanisme, une anomalie osseuse congénitale, imputée à différentes maladies, qui ralentit puis stoppe la croissance des os.

Pour la plupart des espèces, un animal « miniature » est un animal caractérisé par une taille plus petite que la taille habituelle de son espèce. Cette réduction de taille n’est pas une maladie : c’est est le résultat soit de la sélection naturelle, soit de la sélection artificielle (sélection humaine volontaire ou involontaire), et parfois même des deux.

Toutes les « petites » espèces ne sont pas forcément miniatures ! Prenons le cas du « hamster nain de Russie » (Phodopus sungorus). Ce rongeur n’est pas nain, il s’agit seulement d’une espèce de hamster plus petite que les autres espèces. Il n’est pas non plus miniature, car il ne s’agit pas d’une espèce « grande » qui s’est « miniaturisée » par la sélection naturelle ou artificielle : cette espèce a toujours été petite, comme c’est le cas avec le hérisson pygmée, la souris pygmée ou le rat des moissons, par exemple.
Le poney Shetland, lui, n’est ni un cheval miniature ni un poney miniature… mais seulement un poney de petite taille. Quant au cochon Göttingen miniature, il ne s’agit pas un porc miniature, mais réellement d’un animal nain !

Tout cela paraît bien compliqué… Alors examinons les processus qui mènent à la réduction de taille chez les animaux en prenant des exemples concrets.

Réduction de la taille par la sélection naturelle

Le mouton d’Ouessant est le parfait exemple de la réduction de taille par la sélection naturelle. Ce mouton, soumis à un climat rude et une nourriture limitée sur une île bretonne, a du adapter sa morphologie de façon à conserver son énergie, à en perdre le moins possible : au fil des générations, sa taille s’est réduite afin de limiter la déperdition de chaleur corporelle et d’avoir moins de nourriture à consommer, et donc moins d’énergie à dépenser. La réduction de taille est un mécanisme qu’on constate chez beaucoup d’espèces de mammifères soumis à des conditions insulaires ou difficiles (climat rude, nourriture rare, etc…

Réduction de la taille par sélection artificielle involontaire

Il est clairement admis que la domestication entraîne souvent une réduction de taille. En Suède, des archéologues ont retrouvé des restes de vaches datant du XVIIe siècle qui ne dépassaient pas les 86 cm au garrot ! Cette extrême petitesse est le résultat de conditions de maintenance du bétail assez rudes sur plusieurs générations, la région ayant subi une grave crise agricole. D’ailleurs, tout le bétail au Moyen-Age en Europe était plus petit que notre bétail actuel.

La réduction de taille apparaît pour plusieurs raisons : la volonté des éleveurs de maintenir des animaux plus faciles à capturer, à maîtriser et à héberger, et qui consomment moins de nourriture, par exemple. Il existe aussi l’hypothèse que les fermiers auraient privilégié (sans pour autant faire de sélection « active ») les animaux plus petits afin de pouvoir optimiser la gestion des stocks de viande (moins de pertes quand la conservation n’était pas optimale).

Pour beaucoup d’espèces domestiquées qui n’étaient au départ pas utilisées pour la boucherie, comme le mouton par exemple, la taille n’a jamais été importante. Comme ces animaux étaient utilisés pour la laine, une grande taille était même un obstacle en terme d’utilisation de l’énergie alimentaire. Idem pour la vache : il est difficile de faire produire beaucoup de lait à une vache et de l’engraisser en même temps. Comme le disait Goethe, « pour pouvoir dépenser d’un côté, la nature est obligée d’économiser de l’autre »

Ainsi, dans le passé, pour certaines espèces domestiques, la taille n’a jamais été le premier objectif de sélection, ce qui explique que les animaux de ferme du Moyen-Age par exemple étaient beaucoup plus petits que ceux de maintenant. Ici, on peut donc parler de sélection artificielle, bien que celle-ci ne soit pas volontaire de la part de l’homme, c’est-à-dire que l’homme n’ait pas fixé la réduction de la taille comme objectif premier.

Réduction de la taille par la sélection artificielle volontaire

Le lapin « nain » (qui n’est pas nain mais miniature) est un exemple typique de la sélection humaine volontaire. Pour schématiser, les éleveurs ont choisi des lapins de petite taille, et ont reproduit les plus petits individus afin d’obtenir une progéniture de petite taille et ainsi de suite. C’est également ce qui s’est passé avec de nombreuses autres espèces d’ornement, à commencer par les poules qui furent sans doutes les premières espèces domestiques à avoir été miniaturisées il y a plusieurs siècles en Asie.

On peut aussi citer le cas du cochon Göttingen miniature, qui elle, est réellement naine, puisqu’elle a été sélectionnée à partir d’un nanisme pituiaire.

Et tout cela à la fois…

Dans le cas du Falabella, magnifique cheval miniature originaire d’Argentine, on peut parler à la fois de sélection naturelle et de sélection artificielle.
Au XVIè siècle, une partie des chevaux andalous amenés par les Espagnols en Amérique du Sud  redevint sauvage. Pendant quatre siècles, ces chevaux s’adaptèrent à l’aridité du climat et à la rareté de la nourriture en réduisant leur taille, de la même façon que les poneys Shetlands. Puis la famille Falabella en Argentine croisa ces petits chevaux avec d’autres races pures afin de fixer la nouvelle race de chevaux miniatures que l’on reconnaît aujourd’hui.

Un lapin Géant des Flandres avec un bébé cochon nain

Pourquoi avoir des animaux miniatures ?

La tentation d’avoir une mini chèvre ou une poule naine est très forte, car les animaux « petits » ont toujours exercé beaucoup d’attrait chez les humains. Des recherches en éthologie humaine ont démontré que la néoténie y était pour quelque chose.

La néoténie, c’est la conservation de certaines caractéristiques physiques juvéniles à l’âge adulte : grosse tête, grands yeux proéminents, membres courts, petite taille… Il a été scientifiquement démontré que chez l’homme, la néoténie des animaux provoquerait une « réponse parentale »,  c’est-à-dire un besoin de protéger, de nourrir… et de posséder. Qui n’a jamais « craqué » devant un bébé animal en pensant « si seulement il pouvait rester comme ca » ?

Ainsi, la domestication a mené à la rétention de caractéristiques néoténiques chez beaucoup d’espèces. L’exemple le plus frappant est le chien, qui aboie et remue la queue comme un petit louveteau, comportements que n’ont pas les loups adultes !

Maintenant, il faut savoir que taille miniature n’est pas synonyme de réduction d’espace vital et de soins ! Ainsi, un lapin Polonais de 800 g aura autant besoin d’espace et de liberté qu’un Géant des Flandres de 7 kg. Et un Falabella devra être travaillé comme tout autre cheval et non pas seulement servir pour la décoration du parc ! De même pour les moutons, qui ne doivent pas être considérés comme de simples tondeuses écologiques, comme on le voit trop souvent, ou pour les poules naines qui ne doivent pas être maintenues en cage ou sur un balcon.

Méfiez-vous des imitations !

Devant le succès des animaux miniatures, beaucoup d’éleveurs peu scrupuleux vendent ou même produisent des animaux souffrant de nanisme, ou tout simplement des jeunes loin d’être sevrés…

Un des exemples les plus typiques est celui des lapins « mini-toy » ou « extra-nains » vendus alors qu’ils ont encore besoin de leur mère et qu’ils ne pèsent que quelques centaines de grammes… Plusieurs mois plus tard, le propriétaire du lapin se rend compte que son animal pèse 5 kg et n’est pas du tout un lapin « nain »…

Même cas de figure avec les personnes vendant des petits ânes ou chevaux âgés de 6 mois, prétendant que ce sont des animaux miniatures. La déception est grande lorsque l’animal a bien grandi 4 ou 5 ans plus tard. On voit aussi des éleveurs proposant des animaux réellement atteints de nanisme, qu’il faut bien sûr éviter de faire reproduire.

Par Marie-Sophie Germain

Pour en savoir plus :
« Les Animaux Miniatures », Marie-Sophie Germain, Editions De Vecchi