COUSINS SAUVAGES

L’hibernation du hérisson sauvage

En termes d’adaptation au milieu, l’hibernation est la réponse qu’a trouvée le hérisson pour survivre au manque de nourriture en hiver et au fait qu’il n’ait pas de protection thermique efficace pour lutter contre le froid. Mais comment fait-il pour mettre en place ce mécanisme d’adaptation qui modifie toutes ses fonctions vitales ?

La préparation du nid

Pas d’hibernation sans nid bien isolé du froid ! À l’arrivée de la mauvaise saison, vers la fin du mois de novembre, le hérisson se met à rechercher activement un site de nidification. Il choisit de préférence un endroit déjà abrité, comme une cavité sous un tas de branches mortes ou un tas de bûches, entre des grosses racines ou, pourquoi pas, un terrier abandonné.

Le lieu une fois trouvé, il part à la recherche de matériaux de construction étanches et isolants : feuilles mortes, herbes et fougères. Il les transporte dans sa gueule – et non sur ses piquants selon certaines croyances populaires – jusqu’au site de nidification puis les assemble en les empilant en un gros tas de 50 à 60 cm de large. Les matériaux sont imbriqués les uns dans les autres de manière à former une structure solide, résistant aux intempéries. Le hérisson pénètre ensuite dans le tas de feuilles en formant un petit tunnel puis bouge à l’intérieur pour en moduler l’espace et resserrer les parois, dont l’épaisseur est de 15 à 20 cm.

Le nid est enfin prêt. Son isolation thermique est spectaculaire : quelle que soit la température extérieure, celle de l’intérieur du nid restera constante, aux alentours de 1 à 5 degrés. Cette isolation est utile pour protéger l’animal non seulement du froid mais aussi des périodes de chaleur qui le feraient se réveiller inutilement.

Une fois le nid terminé, le hérisson s’y réfugie. Il est très rare de trouver plusieurs hérissons dans un nid. Si cela arrive, cela est dû au manque de sites adéquats pour la nidification (si les animaux ne peuvent sortir d’un jardin fermé, par exemple) ou au manque de matériaux de construction.

Physiologie de l’hibernation

Lorsque la température extérieure chute aux alentours de 15 degrés, le hérisson commence tout d’abord par entrer en préhibernation, une période pendant laquelle il est en semi-éveil. Puis il entre en profonde léthargie : sa température baisse petit à petit, pour se stabiliser à un degré de plus que la température extérieure. Son métabolisme navigue ensuite entre deux points limites : la température critique, et la température minimale.

La température critique est la température corporelle qui permet au hérisson de rester en hibernation. Elle se situe aux alentours de 13 degrés en France (environ 9 degrés en Finlande).

Quant à la température minimale, c’est celle qui induit le « réveil » du hérisson, en faisant en sorte que son corps se réchauffe en cas de refroidissement trop important. Elle se situe entre 1 et 3 degrés environ.

Pour l’hibernation, la température corporelle « idéale » pour le hérisson est d’environ 4 degrés. Toutes les fonctions vitales sont ralenties. Les pulsations cardiaques passent de 120 à 20 battements par minute, et la respiration ralentit au point de ne plus effectuer que 2 mouvements respiratoires par minute !

Comme le petit animal ne se nourrit plus, c’est sa graisse corporelle qui fournit l’énergie lui permettant de survivre. On en distingue deux sortes. La graisse accumulée sous la peau abdominale grâce au nourrissage pendant la belle saison est appelée graisse blanche. Elle représente parfois un tiers du poids du hérisson ! L’organisme du hérisson la brûle progressivement tout au long de l’hiver. L’animal perdrait ainsi environ 37 g par mois, ce qui représente un peu plus de 2 g par jour. Selon certains scientifiques, un hérisson a peu de chance de survivre à l’hibernation s’il pèse moins de 400 g au départ.

Mais le hérisson dispose aussi d’une autre réserve d’énergie : la graisse brune, concentrée sous l’épiderme des épaules et du cou. Cette graisse est utilisable en cas d’urgence : elle sert de « combustible de secours », lorsque le hérisson doit se réchauffer rapidement pour se réveiller.

Car en fait, ce qui fait dépenser le plus d’énergie au hérisson, ce sont les réveils : 85 % de toute l’énergie consommée lors de l’hibernation !

Le hérisson doit en effet sortir de sa torpeur une fois par semaine environ pour éliminer l’acidose et aussi pour ne pas geler quand les températures chutent dangereusement.

L’animal doit donc présenter une réserve suffisante de graisse brune pour être capable de se réveiller plusieurs fois, ou l’hibernation sera synonyme de mort pour lui. C’est souvent ce qui arrive aux jeunes inexpérimentés ou aux individus sous-alimentés. Et c’est pourquoi il ne faut jamais réveiller un hérisson qui hiberne : il brûlerait ses réserves inutilement et risquerait de ne plus être capable de se réveiller à l’arrivée de la belle saison.

Par Marie-Sophie Germain